QUELLE EST LA PROBLÉMATIQUE DE LA VIOLENCE DES GANGS DANS LES BIDONVILLES EN HAÏTI?

L’éradication de la violence des gangs dans les bidonvilles ne dépend pas nécessairement des forces policières. Les autorités doivent chercher à intervenir avec les professionnels des sciences humaines ( travailleurs sociaux, psycho-éducateurs, sociologues, criminologues) en fournissant une assistance financière aux chômeurs et aux familles dépourvues de ressources dans ce secteur.

Pour bien comprendre l’ampleur du phénomène de la violence des gangs dans les bidonvilles sur l’ensemble du territoire, il est important de prendre le temps pour bien saisir le concept de la violence qui est institutionnalisée par les autorités publiques en Haïti.

De nos jours, la violence fait partie intégrante de la société haïtienne. On la trouve dans les écoles, dans les foyers, à la télé, dans la rue sur les places publiques et dans l’administration publique. La violence se manifeste sur plusieurs formes : violence physique, violence sexuelle, violence psychologique, violence politique et violence économique.

On se rappelle le sénateur Lambert du département du sud-est qui se vantait dans la presse avoir giflé un citoyen en lui arrachant sa dent. Il n’a pas été puni ni sanctionné par la justice du fait qu’il est protégé par son immunité parlementaire (art. 115 const). Les médias utilisent toute forme de langage vulgaire pour émettre sans se préoccuper de l’impact de leur message sur le public.

Les dirigeants politiques manisfestent leur opposition par la violence en détruisant les biens publics sans être persécutés en justice, les femmes et les jeunes filles se font violees par leur copain ou leur conjoint et la justice ferme les yeux; sans compter les femmes qui subissent les propos dégradants et désobligeants de leur conjoint sans être inquiétés. Il existe aussi des hommes qui exercent un contrôle sur le salaire de leur femme qui travaille et sans oublier la violence exercée par l’Etat en privant les citoyens de leurs besoins fondamentaux : éducation, soins de santé, sécurité, travail, etc.

Quand on vit dans une société où il n’existe aucun système de sécurité sociale pouvant aider les citoyens à mieux vivre dans un logement salubre, à se nourrir à leur faim, à trouver un emploi pour s’accomplir pleinement, il est tout à fait normal que les citoyens qui font face à des difficultés socio-économiques exécrables developpent des mécanismes de survie.

Si on retrouve des bandits armés dans les bidonvilles de la région métropolitaine qui raquettent des individus, volent des commerçants, violent les jeunes filles et exercent le traffic illicite des stupéfiants; il est utile de chercher à comprendre le quotidien de leur vie pour trouver des solutions durables.

Ce n’est pas la violence exercée par les forces de l’ordre qui mettra fin à ces pratiques décriées dans les bidonvilles. En éliminant un chef de gangs aujourd’hui, il y aura un autre qui surgira pour occuper sa place. À notre avis, la violence de gangs dans les quartiers populaires ne peut pas être résolue sans qu’il n’y ait pas l’intervention des professionnels des sciences humaines ( travailleurs sociaux, criminologues, sociologues, psycho-éducateurs et psychologues).

Il est important de noter que les gens qui vivent dans les bidonvilles sont pour la plupart des chômeurs, des familles monoparentales, des filles-mères dépourvues de ressources, des jeunes oubliés du système éducatif. Sans une assistance financière des autorités publiques pour subvenir aux besoins prioritaires des citoyens de ce milieu, il est difficile de mettre fin au climat de violence qui y règne dans la région métropolitaine du département de l’ouest.

Toute approche musclée des autorités policières pour éradiquer la violence des gangs dans les bidonvilles explosives ne fait qu’envenimer le climat d’insécurité sur l’ensemble des citoyens de ces milieux fragiles.

Il est bon de chercher à identifier si les acteurs politiques ne sont pas de connivence avec les chefs de gangs. Assurément, ils sont impliqués dans la fourniture des armes au chef de gangs de ces bidonvilles. On doit reconnaître qu’il existe un secteur politique utilisant les services des bandits armés pour exercer la pression sur le pouvoir public de manière à satisfaire ses ambitions politiques.

Éradiquer la violence en Haïti n’est pas une mince affaire, car elle est ancrée dans notre mentalité. Nos ancestres ont connu la violence des colons, nous avons acquis notre indépendance par la violence et nous avons utilisé la violence pour assassiner le père fondateur de la nation haïtienne.

Jean-Marie Mondésir

Juriste haïtien | Spécialiste en droit civil

Maître en sciences de développement

Éditeur http://Magazine.port-salut.org

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