À QUAND LA FIN DE LA MOBILISATION POUR RENVERSER UN RÉGIME?

Depuis quelques mois le régime de Jovenel éprouve de difficultés à faire fonctionner son administration et presque tous les secteurs de la société lui réclament sa démission. Le pays est bloqué du nord au sud de l’est à l’ouest, les élèves ne peuvent pas se rendre à l’école, les citoyens ont peur de sortir pour vaquer à leurs occupations professionnelles et habituelles à cause de la pression des manifestations populaires. Les rues sont bloqués avec des barricades de pneus enflammés et les biens de consommation commencent à se faire rares.

On ne ressent pas vraiment la présence d’un dirigeant au palais national qui assure la sécurité des citoyens et l’autorité du président est contestée par l’ensemble des acteurs de la société. La mobilisation populaire paralyse les activités économiques et l’opposition augmente la pression sur le régime de manière quotidienne. L’appel au dialogue du président est ignoré par les acteurs de l’opposition qui exigent sa démission pour incapacité de diriger le pays et de répondre aux besoins prioritaires de la population.

Sans gouvernement légitime depuis plus de huit mois après le renversement du premier ministre Jean Henry Céant par la chambre des députés, le président Jovenel Moïse s’est montré incapable de mettre en œuvre son projet politique. Il a fait deux tentatives de présenter un premier ministre au Parlement, les parlementaires ont perturbé les séances d’approbation de la déclaration de politique générale de ces deux locataires nommés à la primature. Les conditions socio-économiques de la population se dégradent de jour en jour et elles sont devenues très critiques au point de penser dans les prochains jours à une crise humanitaire imminente.

La communauté internationale est fatiguée avec les manifestations intempestives de l’opposition politique qui se complote avec une partie de l’élite économique pour renverser un régime démocratiquement élu. La mobilisation populaire se fait sans répit et les forces de l’ordre sont épuisées et les agents de police ne reçoivent pas à temps leur salaire mensuel. Les fonctionnaires de l’administration publique vivent aussi dans la peur et les conditions de vie de la population qui réclame la démission du chef de l’Etat sont déplorables et infra humaines.

Il est important de noter que la démission est un acte volontaire, l’opposition politique qui incite le peuple à se mobiliser pour contraindre le président élu à se démettre ne peut pas se laver les mains devant les calamités des gens des quartiers défavorisés qui éprouvent des difficultés à nourrir leurs enfants. De jour en jour, les conditions de vie des citoyens se dégradent et on ne voit pas l’issue de cette crise si les parties impliquées refusent de faire des concessions dans l’intérêt supérieur de la nation.

Les dommages laissés par cette crise politique qui perdure vont se faire sentir péniblement dans les bidonvilles et dans le milieu paysan. D’ailleurs, la rareté de certains produits essentiels (gaz, eau potable, farine, pain, sucre, etc.) sans compter la hausse des prix des biens de consommation dans un pays failli où l’économie dépend foncièrement de la diaspora. Ce sont toujours les gens aisés qui vont en tirer profit et c’est le peuple qui en subira les conséquences difficiles.

Toute la mobilisation populaire se converge vers le renversement du régime de Jovenel Moise. Alors qu’ il n’est pas le seul à faire partie du système retrograde et injuste. Plus d’un estime qu’il en est une émanation du système et on oublie les parlementaires et l’administration judiciaire. On constate une kirielle de confusion dans les esprits des citoyens : le président, les parlementaires, l’opposition et le peuple veulent changer le système. Il est important de prendre le temps de définir le système afin d’éviter toute confusion susceptible de générer et de renforcer la division, les préjugés et les propos discriminatoires à l’égard des gens qui ont réussi dans leurs entreprises.

À notre avis, changer le système suppose une redéfinition de ce dernier et cela doit nécessairement passer par la modification de la constitution haïtienne de 1987. L’amendement de la charte fondamentale en mai  2011 a été une grave erreur, car les législateurs n’ont pas su tenir compte des valeurs traditionnelles et les capacités financières et économiques du pays. C’est la loi-mère qui établit les fondements de notre société et c’est elle qui régit l’organisation des institutions et le fonctionnement de l’administration publique et des collectivités territoriales. Il faut faire appel à des gens instruits et formés pour repenser la constitution afin d’éviter l’euphorie populaire du 29 mars 1987 avec une charte fondamentale discriminatoire, confuse, complexe et inadaptée à la réalité du pays.

À suivre…

Jean-Marie Mondésir

Juriste haïtien | Spécialiste en droit civil

Maîtrise en sciences de développement

Président de société de juristes HT

Éditeur : magazine.port-salut.org

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